Alex-Mot-à-Mots

https://alexmotamots.fr/

Alex L., lectrice compulsive, presque anonyme.
Ayant une préférence pour les bons polars, mais aimant aussi les autres genres (sauf la SF, pitié....)

22,00
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5 janvier 2023

dystopie

Quelle a été l’idée de départ de ce roman pour l’auteur : le projet de construire une bulle autour de l’Acropole pour la protéger de la pollution ? (bulle toujours pas construite) – l’effondrement monétaire de la Grèce au sein de l’UE il y a quelques années ? – les révoltes des gilets jaunes ? – certaines grandes entreprises qui rachètent tout pour avoir le monopole ?

Peu importe, finalement, la réponse à cette question.

Moi qui ne suis pas fan de SF, j’ai aimé cette dystopie qui se déroule après le rachat de la Grèce par GoldTex.

J’ai aimé certains noms : Sparak qui m’a fait penser à Spartakus – Ira la prostituée comme la colère – l’immeuble Seznec comme le condamné à tort – Kanaka comme le peuple Kanak qui souhaite son indépendance, et j’en oublie certainement.

J’ai eu de la peine pour Zem qui ne se rappelle plus de son vrai prénom.

J’ai compris sa mélancolie d’une Athènes pleine de couleurs et d’odeurs et de bruits face au monde nouveau aseptisé dans lequel il vit.

J’ai aimé l’enquête (on ne se refait pas), même si les conclusions étaient devinables d’avance.

J’ai été écœurée par les paroles de Salia après son agression : ses agresseurs lui ont implanté des images de viols et de meurtres lui laissant une sale empreinte dans sa tête.

Enfin, j’ai encore une fois aimé la langue de l’auteur.

Quelques citations :

" Parce que si on oublie de vivre, le combat n’a plus de sens".

" Il ne faut pas oublier Delphes. Ils pensent pouvoir acheter ce qu’ils veulent, tout détruire, tout salir. Mais il faut bien qu’un d’entre nous aille là-bas. Sinon, qui va prévenir Delphes de ce qui arrive au monde ? C’est un honneur de veiller sur la beauté immobile, un honneur de se laisser traverser par le temps. Rien ne nous appartient. C’est cela, au fond, que je suis : le gardien de ce qui ne nous appartient pas."

L’image que je retiendrai :

celle du pont de l’avenue VIII qui s’écroula lors des émeutes sans tuer de policiers.

https://alexmotamots.fr/chien-51-laurent-gaude/

Chronique judiciaire

P.O.L.

22,00
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5 janvier 2023

procès, attentat

Je ne suis pas fan de chroniques judiciaires, et le dernier roman de l’auteur de Yoga m’avait un peu déçue.

Mais mon club de lecture ayant choisi cette lecture commune, je me suis lancée. Bien m’en a pris car j’ai aimé le regard du chroniqueur sur les personnes venant témoigner, sur les accusés ou les personnels de justice.

J’ai aimé que l’une des victimes du Bataclan aie été épargnée parce qu’elle avait regardé l’un des terroriste dans les yeux. Et ce fait de regarder quelqu’un, de vraiment le regarder, peut changer le regard de l’autre sur vous.

J’ai aimé que les victimes aient pu déposer leur souffrance au procès et que la justice fasse quelque chose. Tous ne demandaient pas des peines exemplaires, mais seulement que leur souffrance soit entendue et qu'ils puissent en faire quelque chose.

J’ai été émue de lire que certains accusés qui comparaissaient libres soient obligés de faire des efforts démesurés pour être présents : location d’un lieu où dormir, trajet Paris-Belgique les week-end.

J’ai aimé l’humour détaché parfois : les radicalisés se retrouvaient dans la cave d’un bar de Molenbeek pour regarder des vidéos de l’Etat islamique montrant des constructions d’écoles…

J’ai aimé la postface du directeur adjoint de la rédaction de l’Obs pour qui l’auteur a travaillé tout au long de ce procès fleuve en rendant une fois par semaine sa chronique, chroniques reprises et améliorées dans cet ouvrage. La postface explique, entre autre, que les livres d’Emmanuel Carrère tournent pratiquement tous autour du mensonge, de l’omission, de la taqîya.

Quelques citations :

"La propagande, normalement, cache l’horreur. Ici, elle l’exhibe. L’Etat islamique ne dit pas : c’est la guerre, nous avons le triste devoir pour que le bien triomphe de commettre des actes terribles. Non, il revendique le sadisme. C’est sur le sadisme, sur l’exhibition du sadisme, sur l’autorisation d’être sadique qu’il compte pour convertir". (p.43)

Citant Simone Weil : « Le mal imaginaire est romantique, romanesque, varié ; le mal réel est morne, désertique, ennuyeux. Le bien imaginaire est ennuyeux, le bien réel est toujours nouveau, merveilleux, enivrant ». (p.82)

"… alors que les seuls respectables (pour les jihadistes) sont les identitaires d’extrême droite, parfaitement d’accord avec les jihadistes pour reconnaître la radicale incompatibilité de leurs civilisations." (p.134)

"Le Code pénal a été inventé pour empêcher les pauvres de voler les riches et le Code civil pour permettre aux riches de voler les pauvres". (p.322)

"On nous a donné un lieu, et du temps, tout le temps qu’il fallait pour faire quelque chose de la douleur. La transformer, la métaboliser. Et ça a marché. Ça c’est passé." (p.345)

L’image que je retiendrai :

celle du café des Deux palais, situé en face du palais de justice, qui accueille victimes, journalistes et personnels de justice, et dans lequel tout le monde va boire un coup, parfois en terrasse, à la bonne franquette.

https://alexmotamots.fr/v13-chronique-judiciaire-emmanuel-carrere/

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5 janvier 2023

Russie

Qui est celui que l’on surnomme Le Mage du Kremlin ? Qui susurrait à oreille du Tsar ?

Le narrateur le rencontre par hasard, après avoir cité Zamiatine dans un post sur un réseau social. Il écoutera toute une nuit le récit de Vadim Baranov, metteur en scène, puis producteur d’émission de télé-réalité avant de devenir l’éminence grise de Poutine.

J’ai aimé que l’auteur précise avant de commencer que son roman était inspiré de faits et de personnages réels à qui il a prêté une vie privée et des propos imaginaires. Il s’agit néanmoins d’une véritable histoire russe.

J’ai aimé la vision de Vadim sur la société russe et son fonctionnement, le choc de la fin de l’URSS, et le rapport si particulier à la patrie.

J’ai découvert que c’était Berezorvsky, un homme d’affaire et premier oligarque, qui était allé cherché Poutine à la FSB pour lui servir d’homme de paille. Mais il n’avait pas réellement vu l’homme sous le masque de l’espion, ce qui lui fut fatal.

L’auteur m’a fait voir une société et un état dominé par les passions et non par la raison.

J’ai trouvé les perspectives d’avenir de Vadim bien tristes, où l’homme imparfait sera supplanté par la machine pour surveiller son prochain (ceci-dit, cela est déjà le cas en Chine).

Un roman quelque peu politique qui explique les ressorts de la pensée russe excessive et sans logique.

Un éclairage passionnant sur les tragiques actualités.

Quelques citations :

" Ils avaient grandi avec une patrie et se retrouvaient soudain dans un supermarché". (p.87)

" Poutine est un tchékiste, Vadia : de la race la plus féroce, celle qui ne fume ni ne boit. Ce sont les pires parce qu’ils cultivent les vices les plus cachés. " (p.131)

"Le moteur primordial dont il faut tenir compte reste la colère. Vous, les Occidentaux bien-pensants, croyez qu’elle peut être absorbée. Que la croissance économique, le progrès de la technologie et, que sais-je, les livraisons à domicile et le tourisme de masse feront disparaître la rage du peuple qui plonge ses origines même dans les racines de l’humanité. Ce n’est pas vrai : il y aura toujours des déçus, des frustrés, des perdants, à chaque époque et dans n’importe quel régime. Staline avait compris que la rage est une donnée structurelle. (…) C’est un des courant de fond qui régisse la société." (p.155-156)

" Deux choses que les Russes demandent à l’Etat : l’ordre à l’intérieur et la puissance à l’extérieur." (p.162)

" Le risque que la troupe, au lieu de tirer sur la foule, se solidarise avec elle est l’éternelle menace qui pèse sur tout pouvoir."(p.270)

" Mais Facebook est allé beaucoup plus loin. Les Californiens ont dépassé tous les rêves des vieux bureaucrates soviétiques. Il n’y a pas de limites à la surveillance qu’ils ont réussi à instaurer." (p.272)

L’image que je retiendrai :

celle de la vieille bibliothèque dans laquelle discutent Vadim et le narrateur, avec un feu de cheminée et des fauteuils confortables, toutes choses qui auraient dû disparaître avec les soviets.

https://alexmotamots.fr/le-mage-du-kremlin-giuliano-da-empoli/

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5 janvier 2023

Corée du Sud, enquête

4 femmes au foyer cousent des yeux aux peluches dans l’arrière-salle d’une supérette d’une d’entre elles. Dans la conversation surgit Boule de Mulot qui terrorise les femmes de la résidence en montrant son petit zizi.

Miri, fan de romans policiers, entraîne ses amies dans la recherche du coupable mais elle trouveront encore plus méchant.

J’ai aimé ces 4 femmes un peu perdues mais qui veulent bien faire.

J’ai adoré leur trench-coat pour faire enquêtrice, mais elles ne le portent pas car il fait trop chaud.

J’ai adoré les particularités de chacune : Jihyeon femme fiable qui va toujours au bout de ce qu’elle entreprend ; Sohui qui ne pense qu’à protéger son fils ; Gyeongja et son mari violent, mais qui sait mordre.

J’ai aimé l’image coréenne du Diable au carrefour.

Vive la Section des enquêtrices mères au foyer !

L’image que je retiendrai :

celle du métronome du psy de Miri aux battements particuliers.

https://alexmotamots.fr/les-4-enquetrices-de-la-superette-gwangseon-jeon-gun-woo/

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5 janvier 2023

Adoption, vie de famille

J’ai aimé que la première moitié du roman décrive la vie de famille de la narratrice : l’histoire de ses parents basques, leur exil en France et leur long déclin autour d’un secret.

Secret que découvrira par hasard Maria en se faisant tirer les cartes.

J’ai aimé que la quête de sa mère biologique ne soit pas pavée de roses, qu’elle dure des années, comme dans la vraie vie, quoi.

J’ai été étonnée qu’elle la nomme la génitrice, mais c’est sans doute pour garder comme « vraie mère » celle qui l’a élevée.

J’ai eu de la peine pour son père, Julian, qui peu à peu sombre dans l’alcool, mais qui à la fin de sa vie renoue avec sa fille.

J’ai aimé que les parents soient les concierges du théâtre de la Michodière, jetant un côté théâtral sur la vie de la narratrice.

J’ai eu de la peine pour la mère de Maria qui a passé sa vie à récurer, laver, frotter, nettoyant même la naissance de sa fille pour qu’elle soit sans tâche.

Un roman vrai sur une adoption au temps de Franco qui met en lumière le ressenti de l’enfant devenu adulte.

L’image que je retiendrai :

celle du père faisant marcher sa fille tous les étés dans les ruse de Bilbao afin qu’elle retienne la géographie de sa ville natale.

https://alexmotamots.fr/les-gens-de-bilbao-naissent-la-ou-ils-veulent-maria-larrea/